LE SENEGAL, UN PAYS PAUVRE ?

« Avant de remettre les pieds ici, il faut bien réfléchir. C’est la galère au Sénégal ! Tout le monde cherche à partir, toi tu parles de revenir ». A force d’entendre ce discours je me suis mis à me demander si mes amis et moi parlions du même pays.

Le Sénégal, ce tout petit Etat d’à peine 14 millions d’habitants réputés pour leur dynamisme et leur intelligence, n’a jamais connu de coup d’Etat depuis son indépendance. C’est un pays stable et accueillant où les touristes vont et viennent régulièrement et à leur guise. Il a plus de 500 km de cotes, est traversé par deux fleuves (Gambie et Sénégal), dispose d’un lac d’eau douce (lac de Guier, je ne parle pas du lac Rose) au nord et au sud de trois régions au sol et sous-sol généreux (Kolda et Ziguinchor constituant des greniers naturels, Tambacounda avec Sabodola offre une panoplie de pierres précieuses).

Il compte 6 parcs nationaux et prés d’une trentaine de réserves naturelles. Le Sénégal, un pays approvisionné quotidiennement en centaines de milliers de francs par des émigrés établis un peu partout dans le monde. Le Sénégal, parmi les premiers pays exportateurs de phosphates au monde…

Non ! Mes amis doivent me parler d’un autre pays ou alors ils refusent de chercher les véritables raisons de leur pessimisme. Comment un tel pays peut-il rester si pauvre au point de pousser ses jeunes à arpenter le chemin du suicide que constituent des pirogues en partance pour l’Espagne ? Pourquoi ce pays ne parvient pas à nourrir, à soigner et à former convenablement plus de 60% de sa population ? Pourquoi il est classé 155éme sur 187 ; tout juste devant le Rwanda ? Je n‘accorde pas plus d’importance à l’Onu qu’au Pnud qui a fait ce classement basé sur le développement ; mais il est tout de même très bizarre que le Sénégal soit derrière des pays qui ont passé le plus clair de leur temps à guerroyer comme le Kenya et l’Angola.

Si vous avez ces questions alors cherchez à qui les poser mais tous les jeunes sénégalais ne peuvent certainement pas partir du Sénégal !

Qu’on ne s’y méprenne guère, tous les pays qui font rêver, à part la France, ont été bâtis et développés par leurs propres fils. Le rejet de ces derniers, que la plupart des émigrés vit, obéit plus à un instinct de survie qu’autre chose ; même avec beaucoup d’euros, je ne suis pas disposé à subir leurs insultes. Ceux qui m’ont déjà proposé des préinscriptions, de tous bords, en savent quelque chose.

J’ai trouvé à qui poser ces questions et suis déterminé à exiger des réponses et à entrevoir l’avenir autrement qu’avec des idées de vieillots qui ont déjà fait leurs preuves. Toujours les mêmes têtes et le riz et l’huile et le sucre deviennent de plus en plus chers. Toujours les mêmes discours sur le développement et les mêmes coupures d’électricité pour un pays ensoleillé en moyenne 9 mois sur 12. Toujours les mêmes postures sans que jamais comptes ne soient rendus à la jeunesse, aux générations futures. Dakar toujours capitale du Sénégal n’est il pas un manque de vision ? C’était dans un souci de surveiller les va-et-vient des sénégalais que les français l’avaient érigé en capitale comprenant qu’il n’y a qu’un seul chemin terrestre y menant. Plus de cinquante ans après, les populations désœuvrées s’y entassent, cherchant un improbable travail qu’elles n’ont pas pu trouver dans les autres régions laissées en rade, sans que les pouvoirs qui se sont succédé n’en fassent autre chose qu’un discours politique.

Pour piller systématiquement dans la plus grande impunité les ressources du pays et fermer toute perspective aux jeunes, il faudrait bien que le grand nombre ne comprenne rien ou joue le jeu. Des esprits se voulant malins mais, en réalité, formatés depuis le bas âge, se chargeront d’endormir le peuple. Ils feront croire que la seule et unique mission qui vaille d’être poursuivie dans cette vie c’est : être tranquille dans une grande maison avec une belle femme (ou un riche mari) et des voitures, qu’importe ce que les autres vivent, l’essentiel est qu’ils vous envient. D’où nous viennent ces phrases – « Mag dou seug fou dara nékoul ; kén dou féth si yalla na dé ; lékét kessé dou nakhi beuy » – qui conditionnent de plus en plus notre manière d’être dans la société ? Cet individualisme, que l’on inculque progressivement aux populations à travers un engrenage diaboliquement subtil dont la plus visible représentation demeure ces films, télénovelas et autres émissions animées par des affiliés, pourrit de plus en plus les esprits.

C’est le sauve qui peut, on cherche à s’en sortir et le plus rapidement possible qu’importent les moyens. La pente que prend notre société est pernicieuse. C’est la crétinisation générale de la jeunesse. Artistes et autres lutteurs ne sont plus que des stars, ce sont les références. Le savoir traduit en carton, les intellectuels sont passés derrière les rideaux. Le mérite se ride et les vertueux s’enlisent.

Il faut des hommes pas seulement déterminés pour enrayer ce système. Des hommes dignes et valeureux, qui savent ce que le mot sacrifice veut dire, pullulent au Sénégal ; si le marasme et la déliquescence persistent, c’est qu’ils se contentent de s’indigner.

Si tu penses que la pauvreté n’est pas une fatalité ; que partir à l’étranger, quitte à vider des poubelles, n’est pas la solution ; que tu n’es pas moins sénégalais que ceux qui gesticulent depuis des décennies sans jamais apporter de solutions ; si tu es déterminé à agir afin que le concours de détournements cesse ; alors nous sommes dans le même camp.

Celui qui a peur se bat pour autre chose que la VERITE.{jcomments on}

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire