La communication présidentielle est-elle dans le coma ?

La polémique qui a enflé, suite à la participation du président Macky Sall à la marche républicaine de Paris, aura été révélatrice d’une chose : la communication présidentielle est pratiquement inefficiente voire inexistence. Comment expliquer le fait que ça soit le Secrétaire d’Etat aux Sénégalais de l’extérieur, Souleymane Jules Diop himself, qui se sente obligé de monter au créneau pour dégonfler la polémique en essayant d’expliquer les raisons qui ont poussé le chef de l’Etat à participer à la marche de Paris pour soutenir Charlie Hebdo ?

Une affaire aussi sensible que celle-ci, qui convoque à la fois la liberté d’expression, le terrorisme et la liberté de culte, devait être traité, en anticipant sur les événements, pour préparer l’opinion. Surtout si cette opinion est réfractaire à tout ce qui touche, de manière négative, la religion musulmane embrassée par près de 90 % de la population sénégalaise. Et Macky , qui n’est pas dupe, sait bien qu’il doit tout faire pour ne pas voir l’électorat musulman lui tourner le dos.

La question que l’on se pose est de savoir pourquoi la communication présidentielle n’est pas montée en premier ligne pour éviter que l’amalgame ne soit faite à propos de cette marche de Macky auprès des autorités françaises ? Devrions – nous déjà regretter l’époque des Abou Abel Thiam, Hamidou Cassé et, plus tard, Souleymane Jules Diop ? Même si d’aucuns voyaient en eux, non une synergie de compétences, mais des généraux d’une armée mexicaine où chacun tirait de son côté, force est de constater qu’ils ont le bagout et le niveau intellectuel qu’il fallait pour faire face.

En deux ans et demi, Macky est-il toujours en train de se chercher en matière de communication ? Cinq titulaires se sont succédé au poste, si névralgique, de conseiller en communication. En plus, depuis le départ de Abou Abel Thiam, son premier porte-parole, aucun autre n’a été nommé. Seydou Guèye, sans être titularisé, joue parfois ce rôle.
La communication présidentielle, au-delà de son aspect institutionnel, doit avoir un contenu politique et intellectuel. Loin du pilotage à vue, ceux qui sont chargés de la ‘’driver’’ doivent avoir, nécessairement, une capacité d’anticipation et d’élaboration très solide, une approche systémique efficiente pour ne pas passer à côté de l’essentiel.

Pour lui permettre d’avoir le tempo de l’actualité et de prendre les mesures idoines face à l’opinion, le président de la République reçoit – il, quotidiennement, des briefing et autres notes stratégiques opportunes ? L’affaire de la participation de Macky Sall à la marche de Paris pour soutenir Charlie Hebdo ne semble pas le prouver. Car, devant le mutisme de ses services de communication ( Ministère, Cellule, porte-parole ) et compte tenu de la sensibilité du problème, le président Macky Sall s’est senti obligé de se mettre au devant et de s’expliquer pour lever l’amalgame et contenir la colère qui commençait à naître du côté de la communauté musulmane.La communication présidentielle est trop importante pour être laissée dans les mains, sans expertise avérée, de novices sans expérience ni cursus honorum.
Comme nous l’avions dit ailleurs, il urge, en tout cas, que la communication du président de la République soit remise sur une bonne orbite.La communication politique et institutionnelle est un élément fondamentale de conquête des masses qui rassure, selon sa pertinence et sa circonspection, ou désappointe quand elle est abrupte, maladroite ou sans âme.{jcomments on}{jcomments off}

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