Droits de l’homme, lutte contre le terrorisme : Le diagnostic et les recommandations de Alioune Tine sur le Mali

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Le président du think-tank Afrikajom center, Alioune Tine, a fait face à la presse hier pour faire le point de la situation au Mali où il a séjourné du 8 au 17 février dernier. L’expert indépendant des Nations-Unies, qui a restitué les résultats de sa visite officielle au Mali, a livré son diagnostic et prodigué quelques conseils pour un retour à une situation de paix.

L’ancien président de la Raddho estime, d’emblée, que les améliorations tangibles de la situation au Mali ne doivent pas « dissimuler les défis sérieux en matière de sécurité et de droits humains ». Ces défis qui selon lui doivent être relevés par le Mali et par la communauté internationale pour renforcer et consolider les progrès réalisés sur le terrain.

« Sur le plan sécuritaire, les groupes extrémistes violents notamment : la Jamaat, Nosra, al-islam wal muslimin, l’Etat islamique dans le grand Sahara et autres groupes similaires ainsi que les groupes armées dit « d’auto-défense » continuent de mener des attaques contre les populations civiles, de tuer et d’enlever des civils d’imposer ; d’imposer leurs interprétations de la Charria, prélevant la Zakat, imposant aux femmes le port du voile noir et aux hommes le port de la barbe et de pantalons courts dont la taille ne doit pas dépasser la cheville », dévoile Alioune Tine.

Ces forces terroristes ne prendraient pas en compte le curriculum classique des écoles et transformeraient les écoles en écoles coraniques (Madrasa). « C’est la situation qui prévaut dans les zones qui échappent encore au contrôle de l’Etat malien notamment dans les secteurs où les forces de défense et de sécurité maliennes n’établissent pas une présence permanente », précise l’expert indépendant de l’ONU.

Pour assurer la durabilité de l’armée dans certaines zones, Alioune Tine préconise que « les succès engrangés sur le plan militaire devraient s’accompagner immédiatement du retour effectif de l’autorité de l’Etat et des services sociaux de base sur toute l’étendue du territoire malien. »

L’école malienne en danger ?

« Il faut souligner la situation très préoccupante de l’école malienne qui mérite une attention toute particulière de tous les acteurs impliqués dans la stabilisation du pays. Car, la plus sérieuse des bombes sociales se profile à l’horizon avec son effondrement. Selon les chiffres des Nations Unies, le nombre d’écoles fermées, en raison de l’insécurité, a augmenté de manière sensible en passant de 1344 en janvier 2021 avec 403 000 élèves affectés à 1664 écoles en décembre 2021 avec 499 200 élèves affectés », livre Alioune Tine.

Cette problématique initialement limitée aux régions du centre et du Nord « s’est progressivement répandue à certaines régions du Sud notamment Sikasso, 115 écoles fermées et 34 500 élèves affectés et Koulikoro, 92 écoles fermées pour 27 600 élèves affectés ». En outre, la fermeture des écoles aurait contribué à l’augmentation des mariages précoces ainsi qu’à l’exode rural des filles, un phénomène qui aggraverait les risques d’exploitation et d’abus sexuels contre les filles. Par ailleurs, poursuit le défenseur des droits de l’homme, «l’insécurité continue d’avoir un impact considérable sur la situation des droits fondamentaux de la femme avec la récurrence inquiétante des cas de violences basées sur le genre. »

Concernant la lutte contre l’impunité, « Elle doit faire l’objet d’un intérêt croissant de la part des autorités publiques avec l’ouverture des poursuites judiciaires pour toutes les allégations des violations graves des droits de l’homme et atteinte à ces droits. Parmi ces violations et atteintes figurent celles commises dans le cadre des conflits intercommunautaires au centre du Mali ainsi que celle attribuées aux forces de défense et de sécurité malienne. Là où les choses bougent, c’est l’ouverture des enquêtes systématiques après les allégations des violations des droits de l’homme par les autorités maliennes. Le défi persistant demeure l’arrestation et la poursuite des auteurs présumés de crimes dûment identifié faute de forces publiques notamment dans les nombreuses zones où l’Etat est absent mais aussi du fait de la peur des victimes de témoigner en raison du risque de représailles. La consolidation des acquis récent en matière de sécurité crée un climat favorable à une lutte effective contre l’impunité pour les violations des droits humains et atteintes à ces droits. »

Concernant le respect des libertés fondamentales notamment la liberté d’expression et de presse, Alioune Tine a fait part de ses craintes : « J’exprime mes profondes préoccupations par rapport à la diminution de l’espace civique dont tous les acteurs se plaignent en l’occurrence la société civile et une partie de l’opposition. Tous sont unanimes qu’il est de plus en plus difficile d’exprimer une opinion dissidente sans courir le risque d’être emprisonné où d’être lynché sur les réseaux sociaux. »

Ce climat délétère aurait conduit plusieurs acteurs à l’autocensure par crainte de représailles des autorités maliennes de transition et/ou de leurs sympathisants. « Je suis particulièrement préoccupé par le risque de confrontations et de violences entre les sympathisants des autorités maliennes de transition et ceux des partis de l’opposition », évoque-t-il.

A cet égard, le cadre d’échange des partis et regroupement politique pour une transition réussie à en date du 9 février annoncé qu’il ne reconnaîtrait plus les autorités de la transition à partir du 25 mars prochain. « En réponse à cet ultimatum, un acteur public, membre du conseil national de transition a récemment annoncé que son mouvement mettra en place des brigades de vigilance contre ceux qui s’apprêtent à organiser des manifestations contre les autorités maliennes de la transition en mars prochain », dévoile l’ancien président de la Raddho qui appelle les autorités maliennes à « prendre toutes mesures appropriées pour prévenir les actes de violences ou d’incitation à la violence » et de s’assurer que les auteurs répondent de leurs actes. « J’appelle tous les acteurs concernés à œuvrer en faveur de la désescalade et de la restauration d’un consensus sur les défis démocratique, sécuritaire, sociaux et des droits humains qui hantent le pays avec le brutal basculement géopolitique », a-t-il conclu.

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