Dépourvue d’infrastuctures scolaire et sanitaire… : Hann Mariste, une coquille vide

Hann Mariste est un quartier avec des façades de paradoxes au milieu de Dakar. Egrenant ses belles villas le long de l’autoroute à péage, il ne dispose d’aucune infrastructure de base : pas d’école publique, ni de pos­te de santé et de police, encore moins de marché. Hann mariste. Ses maisons cossues, ses résidences qui ne cessent de sortir des entrailles de la terre, ses véhicules dernier cri stationnés devant des villas cossues constituent autant d’invitations à une vie paradisiaque. Derrière ce décor de carte postale, la réalité dépasse hélas l’illusion extérieure.

Car, on connaît moins la tumultueuse vie quotidienne et les revendications sociales de ses habitants. Lovée dans un écrin environnemental, Hann Mariste  est un pur concentré de contradictions. Hann mariste est dans l’imaginaire collective un coin de nababs. Situé en contrebas de l’autoroute à péage à hauteur du croisement Cambérène, le regard écume en tous sens ce coin hétéroclite aux rues poussiéreuses écrasées de soleil, dans lesquelles s’engouffre un vent légèrement frisquet en ce début d’après-midi d’un dimanche.

A cheval entre le centre ville et la banlieue dakaroise, Mariste est un havre de paix, petite agglomération de plusieurs milliers d’habitants (plus de 47 mille) où s’entassent propriétaires de villas cossues et de locataires piégés aussi par l’enclavement. «C’est un coin extrêmement enclavé. Il faut être véhiculé et aussi avoir les moyens de prendre un taxi pour se rendre ici. C’est invivable», expose d’emblée un habitant.

Oui, le quartier est totalement ceinturé par l’autoroute à péage et l’ancienne autoroute qui le cloisonne totalement. Depuis quelques mois, des lignes Tata desservant la zone sont venues desserrer un peu l’étau de cet enclavement qui obstrue les déplacements des habitants. Désormais, ils ont mis de côté leur «individualisme» pour prendre à bras le corps ces problèmes qui chahutent le décor de Mariste. Ibrahima Guèye, coordonnateur du mouvement Alliance Mariste commune d’arrondissement, détaille encore les urgences de l’heure pour casser les «frontières» de l’enclavement. 

«Par exemple, nous demandons la création des lignes Ddd et Aftu en direction des  Parcelles Assainies, Aéroport, Université en améliorant la fluidité du trafic à l’intersection de Route des Pères Maristes avec la Route du Front de Terre et surtout réhabilitant les voiries», suggère-t-il.

A Hann Mariste, la voirie est un luxe si on contemple la beauté noire de ces nouvelles pistes goudronnées qu’on vient de réceptionner grâce à un «effort» de la Mairie de Dakar. Ce décor contraste d’avec les rues et ruelles sablonneuses qui encerclent les habitations. «C’est l’envers du décor. On dirait une oasis parce que c’est un quartier qui ne répond pas aux normes d’habitations modernes. Le décor donne une fausse image du coin», alerte Alassane  qui habite le quartier depuis sept ans et confronté à la réalité sociale de ce quartier : Pas d’éclairage public ni de poste de police dans ce quartier, par conséquent, nuits paisibles pas forcément garanties, notamment dans les espaces publics où les cas d’agression sont fréquents. «Nous avons décidé de relancer le ministère de l’Intérieur pour les constructions requises sur les espaces réservés à Maristes I pour la construction d’un Commis­sariat de Police et d’une Caserne des Sapeurs Pompiers parce qu’il faut ériger un Poste de Police pour la sécurité surtout au niveau des passerelles de l’autoroute à péage. Ces agressions sont facilitées par l’absence d’éclairage public parce que nous dépendons de la Police des Hlm», détaille le coordonnateur de l’Alliance.

Du haut des passerelles, on peut voir jusqu’à la lointaine banlieue dakaroise, et Mariste se révèle sous son aspect sauvage : celui d’un quartier dépourvu de toutes les infrastructures élémentaires de base. Hann Mariste fait partie des endroits du pays où les préoccupations écologiques ne sont pas prises en compte. Le système d’assainissement des eaux est inexistant. Depuis 1996, les propriétaires et résidents de ce confetti perdu derrière l’autoroute à péage essaient de changer la situation actuelle de leur cité.

Sans presque rien. En hivernage, certaines rues se transforment en lacs à cause de l’inexistence des canaux d’évacuation des eaux de pluie.  «Il faut absolument réhabiliter le réseau d’assainissement et assurer l’écoulement des eaux de pluies stagnantes qui détériorent les routes. C’est inacceptable que les eaux stagnent dans les rues avec les conséquences que l’on sait. 

Depuis 2007, il y a un contrat qui a été signé avec la Mairie de Dakar pour la réalisation d’un cen­tre de santé», égrène M. Guèye. Sous un ciel bleu, où buissons et herbes sauvages coiffent des massifs fleuris où les oiseaux comme les pélicans dessinent des spirales au-dessus des sommets, cette partie de la capitale a été longtemps un «boom» écologique avant que l’homme ne vienne piller les dernières réserves de terre pour y vivre. Il reste encore deux lacs qui continuent d’entretenir ce passé «vert» mais les conséquences restent une véritable zone de démultiplication des moustiques.

«C’est invivable. Les moustiques sont présents presque douze mois sur douze sans aucune forme de solution», chiale Rama qui réside à quelques pâtées de ce lac où l’eau verdâtre est masquée par l’abondance des herbes sauvages. «Il y a une solution parce qu’il faut établir un calendrier annuel de saupoudrage en rapport avec la Mairie, les Services d’Hygiène et le ministère de la Protection de l’Environnement pour éradiquer les moustiques», espère Ibrahima Guèye.

Pas d’espace vert encore moins de sites aménagés. Pourtant, ces lacs qui avalent souvent des personnes constituent un poumon vert qui n’est pas encore mis en valeur. Toutefois, il y avait des projets d’embellissement de la Cité. A l’image des autres quartiers, Mariste suffoque sous la pression foncière et la frénésie des constructions.

Pas d’école encore moins de marché
Au gré de ces flâneries, on découvre le deuxième choc de ce quartier, une réalité sociale inavouable. Malgré son aire vaste, Hann mariste est dépourvue d’infrastructures scolaires publiques : pas d’école primaire, ni de collège encore moins de lycée. Un paradoxe pour des populations qui sont «obligées» de supporter la scolarité de leurs enfants dans l’enseignement privé.

«De toute façon, on n’a pas le choix. Mieux vaut donc scolariser ses enfants dans le privé parce que ce sera moins coûteux comparé aux frais de taxi et la nourriture. Sans oublier la sécurité des enfants qui priment sur tout», détaille un père de famille étreint pourtant par des frais de scolarité éprouvants. Ici, les écoles privées ont pris l’espace inoccupé par les établissements publics.

Cependant, le projet de construction d’établissements scolaires est toujours d’actualité sur certains sites répertoriés mais menacés aujourd’hui par la pression foncière qui n’épargne pas ce coin où le mètre carré reste excessivement cher. «A travers le programme de la Scat Urbam, il était prévu la construction, d’un lycée, d’une école primaire, d’une Case des Tout Petits, ainsi que d’un terrain de football.

 Jusqu’à présent, il n’y aucune mesure concrète pour la construction du Collège d’enseignement moyen sur le terrain de l’Ilot T dont les financements acquis depuis l’année dernière ont été re­conduits en 2012», estime l’Al­lian­ce qui s’est regroupée pour essayer de sortir ce quartier de ses problèmes con­joncturels et structurels. Si le chantier a avancé, il n’en est qu’à ses pre­miers balbutiements et il reste beaucoup à faire pour hisser les ambitions là où Mariste rêve de le voir. Finalement, la réputation de Ma­riste est doublement contradictoire.{jcomments on}

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