Décryptage:Snobé par Tanor,hanté par une obsession dakaroise,Khalifa Sall face au dilemme cornélien

Rien ne va plus au sein du Parti socialiste. Et la mauvaise passe entraîne dans cette roulette (russe ?) le camp des militants qui s’observent en chiens de faïence. Ce conflit, plus discret pendant le temps de la dure opposition, se déroule au grand jour dorénavant. Des invectives, une altercation qui manque tourner à la bagarre générale, des plaintes en cascade : la succession à la tête du Parti socialiste a pris un tour violent avec des échanges plutôt musclés entre partisans de Tanor Dieng et affidés du maire de Dakar, Khalifa Sall.

Chaque camp sait que l’enjeu dépasse le seul scrutin des prochaines locales en juin prochain et rêve de prendre sa revanche sur l’autre dans une confrontation à l’issue incertaine. Derrière le faux match entre militants, se cache en effet celui que se livrent Tanor et Khalifa pour avoir la majorité au sein des instances du parti. «Le jeu consiste à savoir qui aura la majorité dans la majorité, résume, amusé, un responsable Ps. Un avant-goût des congrès à venir où aucun des deux camps ne veut laisser à l’autre la mainmise sur l’appareil.»

Si Khalifa Sall estime ne plus se reconnaître dans le «fonctionnement de son rival de tous les jours, accroché aux basques du président Macky Sall», il demeure que l’actuel maire de Dakar craint le plus pour l’avenir. A juste titre, si l’on en croit la plupart des indiscrétions qui filtrent de la direction du PS, il semble que «Tanor conserve, malgré tout, son aura sur l’ensemble des militants. Sobre, républicain incontesté sans passer pour un laxiste, il séduit surtout par sa puissance financière dont le parti ne saurait se passer pour le moment».

Le maire de Dakar est considéré comme nettement moins dynamique et de moindre envergure qu’Ousmane Tanor Dieng. Certes, Khalifa Sall est perçu comme plutôt «sympathique», mais il n’aurait pas sa place dans une compétition contre Tanor, selon les personnes proches de la direction que nous avons approchées : «Encore faudrait-il qu’il s’en donne les moyens et entretienne ses réseaux.» Il n’en est rien pour le moment. Khalifa Sall consacre l’essentiel de son temps à «sa ville» qu’il entend conserver en juin prochain. Il est en plongé jusqu’aux locales et se fait discret sur la scène nationale.

Décidé à prendre du recul vis-à-vis de la direction du parti qu’il pense assujettie à Tanor Dieng, Khalifa Sall verrait ses ultimes chances de rempiler à la tête de la ville de Dakar se dissiper d’un coup. Devenu fataliste, hanté par son obsession dakaroise, il prend le soin de ne pas se faire oublier par de petites apparitions médiatiques, histoire de semer ses petits cailloux.

Après la présidentielle de 2012, Khalifa Sall s’imaginait à la tête du PS au cas où Tanor respecterait sa promesse d’anticiper sa retraite politique. Mais il apparait visiblement que «son heure n’a pas encore sonné» et qu’à moins de s’arrimer derrière Tanor, attendant le moment propice, il risque de patauger dans la glaise, nous dit-on du côté de la «maison du parti.»{jcomments on}

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