CNRI, Acte III, Club de Paris – Macky Sall à l’ère de la politique-spectacle :

A quand la fin du cirque ?

«La vie n’est pas un spectacle.» Lorsqu’on jette un regard, ne serait-ce que très rapide sur le paysage politico-médiatique sénégalais, cette phrase du célèbre écrivain Aimé Césaire nous vient à l’esprit. Il semble qu’aujourd’hui notre pays est transformé par des metteurs en scène de petit acabit et des acteurs de seconde zone, pire encore, de petite vertu, en une vaste salle de spectacle. Ce qui devait traduire l’expression des ambitions que le nouveau régime proclamait à tout va pour notre pays : la nouvelle constitution, l’Acte III de la décentralisation et la recherche du financement du défunt «yonou yokouté», devenu par la magie des mots, le «Sénégal émergent», ces trois éléments qui auraient dû être, l’espace d’un temps ou d’un instant, de véritables plages de convergence pour les sénégalais, tournent progressivement en eau de boudin.

La faute à qui ? D’abord des mains inexpertes, de petits esprits et d’autres que le pouvoir de ces quelques mois a déjà grisé au point de croire qu’ils ont signé un bail éternel avec ce dernier. Ceux-là qui se répandent à longueur de journée dans les médias défendent aujourd’hui ce qu’ils ont combattu naguère. Pour preuve, l’espèce de guérilla organisée autour de la proposition de séparation de la fonction de chef de parti et de président de la république. C’est à se demander si ces gens s’écoutent parler, s’ils leur arrivent de relire leurs écrits.

Dieu ! Que l’homme oublie vite ! L’espace de cet article ne suffirait pas pour présenter la liste de tous ceux-là, au cœur du régime actuel ou de sa périphérie, qui ont théorisé puis explicité avec force articles et conférences l’idée que le président de la république ne doit pas être chef de parti, car c’est la cause principale de l’installation des partis-État.

Maintenant que les premiers éléments du rapport sur la constitution ont commencé à sourdre, ils sont les premiers à s’ériger en bouclier, non pas autour de leur chef, mais surtout autour de leurs intérêts et prébendes qu’une telle mesure mettrait en péril. Mais enfin, le véritable responsable n’est autre que le chef. Car tous ces signaux sont en réalité des ballons sondes qui prennent départ au palais. Personne ne peut imaginer que certains des échos qui nous parviennent ne soient, sinon commandités, du moins encouragés.

Ce chef semble lui aussi très oublieux, et très vite, de toute ses promesses dont une des moindres n’était pas la prise de cette mesure de séparation. A ce sujet, ma petite idée est que nous ne sommes pas à un revirement près, pour peu que les conditions s’y prêtent ou soient créés.

Sur un autre plan, ce régime semble atteint d’une tare congénitale. Sa difficulté à bâtir des consensus forts sur des actes qui engagent le destin du pays. C’est un régime qui semble velléitaire. Et peut-être faudrait-il un psychanalyste ou un psychologue pour expliquer cette manie de prendre des mesures au pas de charge sans véritablement établir un dialogue non réducteur, mais surtout un dialogue inclusif.

Ainsi en est-il de l’Acte III de la décentralisation. Que je sache, ce n’est pas la première fois que des réformes dans ce domaine sont proposées aux sénégalais, mais c’est peut-être la première fois que des mesures qui hérissent même les plus ardents défenseurs de la décentralisation sont prises d’une façon aussi unilatérale. Il y a eu certes en 1996 le débat relativement «houleux» sur la création des communes d’arrondissements. Mais loin d’être une opposition à la création de ces entités, il s’agissait surtout de déplorer le découpage de ces entités qui semblait obéir à des motifs partisans (un moyen de caser un personnel politique qui se heurtait dans la coordination Ps de Dakar, mais aussi d’apporter une parade à la mainmise programmée du Pds sur Dakar).

Dans l’ensemble de ces actes qui ont porté la décentralisation au niveau où elle est aujourd’hui, le consensus a été recherché et largement obtenu nonobstant quelques articles dont le temps et l’histoire se sont chargé. Nous vient à l’esprit une idée qui nous fait mal rien que d’y penser. En voyant qu’au moment où la France en est aussi à son Acte III de sa décentralisation, nous devions nous-mêmes, en valet serviles, sinon en véritable «singe» faire le même trajet qu’elle, nous préférons rejeter cette idée tant elle nous fait mal. Pourtant, beaucoup d’actes posés par le président actuel nous renvoient l’image d’un élève qui s’était affranchi mais qui rentre progressivement dans le rang.

Est-ce peut-être parce que tous les chemins mènent à Paris ? Est-ce peut-être que pour réussir notre autre grand spectacle – le passage au Club de Paris – nous avons besoin de l’onction de l’ancien maître.

Aujourd’hui au Sénégal on assiste à une sorte de bégaiement de l’histoire, mais dans le mauvais sens. Quelle mouche peut avoir piqué nos dirigeants pour qu’ils s’échinent à mettre au centre de toute notre communication de ces derniers mois le club des bailleurs de Paris ? Mais notre étonnement n’est qu’à moitié, car ce même régime qui a fait croire qu’il avait tous les atouts en main pour tout de suite redresser le pays, s’est révélé de peu d’envergure et a passé son temps dans ce qu’il a condamné naguère, les emprunts obligataires (là, il a battu les records), mais aussi des économies de bourses chandelle à grand renfort de médias et de chiffres à donner le tournis et qui se dégonflent comme ballon de Baudruche.

Les milliards de la traque des biens supposés mal acquis, l’audit physique et biométrique dont les détails secrets commencent à être révélés au grand jour, de potentiels détournements et de réels biens mal acquis, parce que fruit d’un vrai mensonge d’Etat.

Pour en revenir au Club de Paris, la crédibilité de notre pays au niveau des bailleurs avait été déjà suffisamment établie, et cela depuis le temps du Ps. Me Abdoulaye Wade lui a donné une dimension quasi planétaire avec les nouveaux pays émergents (Malaisie, Brésil Inde, Chine pays du Golfe, etc.) Véritablement, si la dynamique enclenchée n’avait pas été cassée par cette vaine recherche de biens supposés mal acquis, le seul ministre des finances et son équipe auraient pu aller à Paris et ramener ce dont nous avons besoin. Encore qu’il faille ne pas oublier que ce ne sont que des promesses de bailleurs dont les représentants, pris par l’ambiance, auraient tendance à vous promettre ciel et terre. Des pays au présent autrement plus dramatique que celui du Sénégal ont souvent grandement souffert de des promesses non tenues.

Donc messieurs, aidez-nous à terminer cette trop longue recréation. La vie n’est pas un spectacle. Et surtout pas ce spectacle total où les acteurs sortent de toutes parts, parlent de tout, souvent pour ne rien dire, souvent défendent les intérêts d’un clan. Monsieur le président, sachez que c’est vous qui êtes élu et que l’heure des comptes arrivera tôt ou tard. Même le temps que vous aurez fait perdre à votre pays vous sera compté.{jcomments on}

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