C’est quoi donc le problème du Juge Henri Grégoire DIOP ?

Il faut être, de notre point de vue, d’une extrême cruauté pour faire exercer la violence sur une personne qui ne représente aucun danger et qui plus est entre les mains des forces de l’ordre. Il faut le dire très clairement, un magistrat à qui il ne reste plus que l’usage de la puissance publique pour se faire respecter doit avoir le courage de se poser la question à savoir s’il mérite encore de porter sa robe. Un juge on le respecte non pas parce qu’on a peur de lui, mais parce qu’on est fier de lui, parce qu’il est le garant de nos libertés.

Charles Blé Goudé n’est pas certainement d’accord d’être traduit devant la CPI (cour pénale internationale), mais il n’a pas manqué de rendre hommage aux magistrats de la CPI pour leur dignité, leur élégance, leur capacité d’écoute et leur sens élevé des responsabilités. Quand on suit les audiences de la CPI, on ne peut qu’être fier des magistrats de cette juridiction quels que puissent être nos désaccords sur le plan idéologique avec cette cour de justice internationale. Ces magistrats là savent écouter. Ces magistrats là, en écoutant religieusement les mises en cause, imposent de ce fait un silence de cathédral dans la salle d’audience. La justice est trop sérieuse. La magistrature est l’une des institutions les plus importantes de notre société, si ce n’est la plus importante.

Le comportement de Henri Gregoire DIOP, dans la conduite de ce procès, est d’autant plus décevant pour le citoyen que nous sommes, que nous croyions naïvement, comme le disait Papa Oumar Sakho, Président de la cour suprême, en bon juge, le magistrat DIOP, présidant une juridiction fortement décriée, ferait, pour pallier les limites objectives des lois sur la CREI, une « application du droit interne en faisant référence au droit international ».

En effet, comme nous l’avons déjà rappelé dans une précédente tribune, l’honorable magistrat Sakho, nous apprenait, dans un article scientifique qui date de 2009, que même « au temps de l’apartheid, les tribunaux sud-africains ont réussi à modérer les effets des lois incompatibles avec les normes constitutionnelles démocratiques, les traités et les conventions internationales. En s’inspirant des affaires similaires traitées dans d’autres pays, ils ont pu restreindre, avec bonheur, les effets pernicieux de l’application de certaines règles nationales ».
Jamais, nous aurions cru que le magistrat Henri Gregoire DIOP ferait moins que les magistrats Sud Africain.
Et le président Sakho ne s’était pas seulement limité à la jurisprudence sud africaine, il avait aussi donné l’exemple de la cour suprême du Ghana qui avait « fait appel à divers principes développés et adaptés par des juridictions étrangères, pour éviter de donner l’impression d’une manipulation de la Constitution dans le but d’assouvir des passions politiques ou servir des intérêts égoïstes ».

Aujourd’hui, le juge Sakho, s’il n’a pas renié ses convictions, devrait partager notre déception, lui qui prophétisait : « à coup sûr, cette tendance ira partout en s’intensifiant si les magistrats et les avocats africains inscrivent leur action dans la perspective que détermine nécessairement la mondialisation du droit: la formation qui permet aussi bien un meilleur accès au droit en général, et particulièrement à la connaissance du droit comparé et des normes internationales, qu’un meilleur accès à la justice ».

Hélas, non seulement le juge Henri Gregoire DIOP ferme les yeux sur ce que dit le droit international mais pis, il ne semble même plus respecté les lois internes.
Aujourd’hui, Henri Grégoire DIOP et ses assesseurs sont chargés par la société de rendre justice et leurs noms appartiennent désormais au tribunal de l’histoire.

Quels que puissent être ses défauts, quels puissent être les crimes économiques qu’il aurait commis, l’histoire retiendra que Karim Wade a été jugé sans être en mesure de se défendre convenablement.
Pour terminer rappelons cette célèbre phrase de Zola : « Je lègue à la postérité le nom du général de Pellieux et celui d’Émile Zola : elle choisira ».
La Jeunesse Sénégalaise se souvient toujours du condamné des événements de 1962. Le nom de Mamadou DIA demeure… Qu’en est-il de ses juges ?{jcomments on}

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